J’ai failli tomber à la renverse en apprenant que mon mari voulait divorcer. Ce fut la surprise générale, nous n’avions jamais eu de problèmes conjugaux et l’épreuve difficile que nous venions de traverser aurait dû nous rapprocher et non pas le contraire. Mais peut-être dois-je commencer par le commencement c’est-à-dire le jour où Fouad, mon époux, eut son accident.
Il pleuvait énormément cette nuit-là et les essuie-glaces de sa voiture battaient le pare-brise à tout rompre. La chaussée était glissante et un automobiliste le percuta en plein fouet. Fouad fut transporté d’urgence vers l’hôpital le plus proche où il sombra dans un coma profond. Après avoir appris la nouvelle je plaçai les enfants chez ma mère et accourus voir mon mari. Les médecins n’étaient pas optimistes et après avoir fait le nécessaire ils me dirent qu’il avait une chance de se réveiller un jour mais qu’elle était vraiment infime. Je pleurai de toutes mes larmes d’abord parce que je l’aimais énormément et puis à cause de nos enfants qui étaient encore en bas âge. Comment allais-je les élever toute seule et qu’allais-je leur dire ?
Je pris mon mal en patience et m’organisai avec ma belle-famille pour nous relayer auprès de lui. Les mois passèrent, lents et douloureux et puis les années. Je l’avais ramené à la maison et il gisait inerte, devant nous, dans une chambre spécialement aménagée pour lui. Nombreux furent ceux qui me conseillèrent de mettre fin à son était végétatif s’il perdurait, mais je refusai catégoriquement : je garderai de l’espoir tant qu’un seul souffle remplira ses poumons. Même le corps médical ne voyait pas de raison de le laisser en vie…
Pendant ce temps j’avais trouvé un second boulot et malgré la fatigue, je rentrai à la maison chaque soir dans le fol espoir de trouver Fouad assis dans son lit les yeux ouverts. Et je m’asseyais près de lui et lui tenais la main en lui parlant. Je lui racontais ma journée en guettant une quelconque réaction de sa part car j’avais lu que les comateux pouvaient entendre ce qui se passait autour d’eux. Et puis le temps passa, les enfants grandirent tant bien que mal et nous nous étions tous faits à ce qui devint notre quotidien.
Il s’était écoulé plus de dix ans quand Fouad se réveilla. C’était un samedi et j’étais au travail quand ma fille aînée m’appela en hurlant. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’elle disait alors son frère pris le combiné de ses main et me dit d’une voix tremblante :
-Rentre vite, papa s’est réveillé!!!”
Et il raccrocha. Au début je crus à une blague sordide de la part de mes enfants mais je quittai quand même mon travail tout de suite. En ouvrant la porte de la maison j’avais les mains qui tremblaient et le cœur qui battait à tout rompre. Et s’ils disaient vrai ?
Et en entrant dans la chambre de mon mari, je vis une foule de gens attroupés autour du lit et je sus que ce que j’attendais depuis des années était enfin arrivé. Je courus jusqu’à lui en repoussant amis et parents et je le vis. Il était tout souriant, l’air encore hébété. Je le pris dans mes bras et l’embrassait jusqu’à l’étouffer. Il éclata de rire. Mon mari m’était enfin revenu !
Mais sa convalescence ne se fit pas du jour au lendemain. Il dut bien sûr passer un grand nombre de tests médicaux, subir des séances de rééducation motrice et voir un psy pour réaliser qu’il avait perdu dix ans de sa vie à dormir. Le plus difficile pour lui c’était de renouer avec les enfants car il les avait connus petits et il les revoyait adolescents avec chacun sa personnalité.
Avec moi cela avait été plus simple car je n’avais pas trop vieilli mais notre relation de couple ne décolla pas. Malgré tout l’entrain que j’avais pour lui, il n’arrivait pas à m’approcher. Je comprenais très bien ses réticences et le psychologue nous rassura, cela arrivait souvent dans les cas de coma prolongé. Pour lui, la solution était que mon mari reprenne une vie normale, c’est-à-dire professionnelle et sociale et tout irait bien ensuite. Alors j’entrepris de lui trouver du travail, ce qui ne fut pas facile vu les progrès qui avaient été faits les dix dernières années dans l’informatique, le domaine de Fouad. Il fut rembauché comme assistant programmateur par la compagnie qui l’employait, pour qu’il puisse rattraper tout ce qui lui manquait. Et notre vie reprit, presque normalement.
Mais j’avais pris la froideur de mon mari pour moi trop à la légère et pendant que je jouais les épouses compréhensives, lui, faisait une cour assidue à l’une de ses collègues comme si à son réveil il était redevenu célibataire. En fait, il ne s’était pas intégré à cette famille qu’il avait retrouvée à sa sortie de son long sommeil. Nous étions pour lui des étrangers familiers et lui servions de décor et de compagnie quand il rentrait le soir après son travail. Mais nous ne le savions pas encore et tous crurent que Fouad était content nous nous avoir retrouvés.
Et c’est Patrick, le patron de mon mari qui essaya de m’alerter lors d’un cocktail organisé au siège de la compagnie à l’occasion de la sortie d’un nouveau logiciel. Il était venu vers moi, un verre à la main et d’une voix bienveillante m’avait dit :
-J’espère que tout va bien avec Fouad… c’est un homme extraordinaire… vu ce qu’il lui est arrivé.
-C’est inouï, n’est-ce pas ? Personne ne s’y attendait. Je suis tellement heureuse !
-Oui… mais je pense qu’il n’a pas encore réalisé qu’il a une épouse aussi dévouée que vous… peut-être devriez-vous aller passer quelques jours à l’étranger, en amoureux. Je suis prêt à lui donner un congé, si cela peut aider.
-C’est gentil de votre part mais depuis qu’il a commencé à travailler il me semble très heureux et plein d’entrain.
-Justement…
-Je ne voudrais pour rien au monde lui gâcher sa joie. Merci quand même.”
Le pauvre se tut, ne sachant plus quoi dire.
Et puis mon mari commença à s’absenter, prétextant des réunions tardives au bureau et je n’y vis que du feu. Comment aurais-je pu me douter que l’homme que j’avais chouchouté et attendu fidèlement pendant son coma était en train de me tromper sans aucun cas de conscience ? J’avais été la seule à croire en son rétablissement et à m’entêter à le laisser en vie et voilà comment il me remerciait !
Et quelques mois plus tard, alors que les enfants étaient allés se coucher et que nous regardions la télévision, Fouad me demanda d’éteindre le poste car il avait quelque chose d’important à me dire. Je le regardais avec inquiétude et m’exécutai. Il prit une profonde inspiration et me dit, l’air très embêté :
-Je ne sais pas par où commencer… tu sais que depuis mon réveil je ne suis pas vraiment le même.
-Oui chéri mais c’est normal, je suis prête à attendre le temps qu’il faudra pour…
-C’est justement de ça que je voulais te parler… je ne veux plus que tu attendes, tu l’as déjà trop fait.
-Mais je t’aime et cela ne me dérange pas, tu sais.
-Mais moi je ne t’aime plus. Désolé de te le dire comme ça, d’un coup. J’ai cherché une meilleure façon, mais je n’en ai hélas pas trouvé. Depuis ma sortie du coma je n’ai pas pu réintégrer notre famille. Je ne sens pas que nos enfants sont vraiment les miens et toi… je n’arrive pas à avoir des sentiments pour toi. Pardonne-moi, s’il te plaît.
-Je comprends très bien, mon amour. Cela prend du temps je suis sûre que bientôt…
-Non. Cela n’arrivera pas parce que j’en aime une autre. C’est quelqu’un qui travaille avec moi et nous avons des sentiments très forts l’un envers l’autre.
-Comment ??? Tu me trompes ?
-Oui… et je n’en suis pas fier parce que je sais ce que tu as enduré avec moi et pour moi. Mais je n’y peux rien. Je ne peux plus te mentir et je ne veux plus rater quoi que ce soit. J’ai déjà dix ans de retard et je veux profiter de ma vie mais vous n’en faites pas partie ni toi ni les enfants. Je pars. Je suis désolé.”
Je sus qu’il était inutile d’insister, il avait l’air tellement sûr de ce qu’il avançait. La seule chose que je lui dis fut :
-Je te laisserai la pénible tache d’annoncer la nouvelle aux enfants. Tu me dois au moins ça.”
Il partit et nous laissa une deuxième fois tous seuls mais cette fois pour de bon. A la vérité, nous gérâmes la situation assez bien, nous nous étions faits pendant des années à son absence et il était lui aussi devenu presque un étranger pour nous. Quelques mois plus tard il se maria et j’eus un pincement au cœur qui ne dura pas longtemps. Nous reprîmes notre vie d’avant et devant l’insistance de mes enfants, je commençai à concevoir l’idée de fréquenter quelqu’un. Au début ce ne fut pas facile, car j’avais oublié que je pouvais plaire à quelqu’un d’autre que mon mari.
Aujourd’hui j’ai un copain que tout le monde adore. Je ne compte pas me remarier, juste vivre ma vie de femme. Après tout je l’ai bien mérité.
(Droits d’auteur réservés à Paula Jahshan. L’utilisation complète ou même partielle de ce texte ne peut se faire sans l’accord écrit de l’auteure sous peine de poursuites judiciaires.)
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Une histoire tres triste c’est a cause de ce pere egoiste que la mere et sa fille sont suicide il a rgrette mais trop tard
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Helas oui ❤
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J’adore tjrs à la hauteur bravo
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merciiii ❤
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Très bon texte, j’aime beaucoup Paula.
Bonne journée à vous.
Toni
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C’est bien noté Paula, vous possédez une écriture agréable et fluide.
Continuez☺️!!!
A très bientôt.
Tony
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