Ma fille Carole avait 13 lorsque soudainement tout son comportement changea. Elle qui avait toujours été parmi les premiers de la classe et nous vîmes ses notes dégringoler dangereusement. Au début, je mis cela sur le compte de l’adolescence. A cet âge-là, les priorités changent et l’enfant devient distrait pour un rien. Je la questionnai, mais d’après elle tout allait bien, que c’était juste une phase qui allait bientôt passer.
Mais un peu avant la fin de l’année scolaire j’appris avec horreur qu’elle allait redoubler sa classe. C’était un signal d’alarme que je ne devais surtout pas ignorer, surtout qu’elle avait toujours comme de la tristesse dans ses yeux, elle qui avait toujours été une fille pleine de joie. J’avais grand besoin du soutien de Ralph, mon mari, mais il restait distant de cette affaire, comme si ce qui se passait ne le touchait pas du tout: « Tu te fais du souci pour rien, tu as oublié comment c’était quand nous avions son âge ? ».
Je décidai de l’inscrire à des cours de danse mais elle n’y alla qu’une seule fois. Je la poussai à sortir avec ses copines, mais elle préférait rester seule dans sa chambre. Ma seule et unique fille dépérissait et je ne savais pas quoi faire.
Je décidai de l’emmener voir le psychologue de l’école, dans l’espoir qu’il pourrait nous aider. Après quelques sessions avec elle, il m’annonça qu’elle s’était refermée comme une huitre et qu’il soupçonnait qu’elle détenait un secret trop lourd pour elle. De quoi s’agissait-il ? Il n’avait pas pu le découvrir. J’étais effondrée. De quoi ma petite fille avait-elle peur ? Avait-elle été victime d’un quelconque abus ? Je cherchai vainement un moyen de lui parler et décidément mon époux ne partageait toujours pas mes inquiétudes, et cela me mit la puce à l’oreille. En y réfléchissant bien, Carole évitait autant que possible de se retrouver seule avec son père. Elle refusait tous ses câlins et avait demandé en cours d’année de se rendre en bus à l’école. Elle avait dit qu’elle était devenue trop grande pour que son père l’accompagne et que ses camarades la traitaient de bébé. C’était trop immonde ! Ralph abusait-il de sa fille ? Je jurai de le tuer si cela s’avérait vrai. Alors un soir, ne supportant plus ces horribles doutes, je décidai de le confronter.
-Mais tu es complètement folle ! Comment peux-tu imaginer une seconde que je puisse m’en prendre à ma fille ?
Une énorme dispute éclata entre nous deux. Carole accourut au son de nos voix, les larmes aux yeux.
-Ce n’est rien, ma chérie, m’empressai-je de lui dire, nous discutions et nous nous sommes emportés, c’est tout.
-Carole, lui dit Ralph, raconte à ta mère pourquoi tu es fâchée contre moi.
-Non, je t’ai promis de ne rien dire. Je ne veux pas que vous divorciez.
-Nous n’allons pas divorcer, raconte ma chérie, lui répondit-il calmement.
-J’ai vu papa embrasser la mère de Jean devant l’école, dit-elle d’une toute petite voix.
Je n’en croyais pas mes oreilles. Moi qui m’attendais à tout autre chose, voilà que je venais d’apprendre que mon mari me trompait. Je ne savais pas si je devais être soulagée ou me mettre en colère.
-Tout est fini entre nous ma petite, je te l’ai dit l’autre jour. J’ai commis une erreur et je n’en suis pas fier. Sèche tes larmes et va dans ta chambre, je dois parler avec ta mère. Je te rejoindrai plus tard.
Carole obtempéra et nous nous retrouvâmes seuls, mon mari et moi.
-Comment as-tu pu faire ça à ta fille? lui demandai-je. Elle est anéantie. Tu as détruit l’image qu’elle avait de toi et de la famille et tu lui as fait porter ce lourd secret pendant tout ce temps. Quel égoïste ! Tu n’as pensé qu’à ton plaisir. Et moi, tu as pensé à moi ? Comment as-tu pu me tromper ?
-J’avais commis une erreur et je voulais tout corriger sans que tu ne le saches. Je sais, c’était maladroit de ma part.
Il essaya de me tenir la main mais je la retirai avec dédain. J’étais trop dégoutée. Il prit une profonde inspiration et me dit :
-Je voyais cette femme tous les jours quand j’emmenais Carole à l’école. Elle accompagnait son fils et au début nous avons échangé quelques mots puis de fil en aiguille nous sommes devenus amis. C’est elle qui m’a fait des avances, je te le jure. Elle m’a provoqué et à mon grand regret je n’ai pas pu résister. C’était tellement facile, tu comprends. Et puis je n’ai jamais pensé que cela irait loin. Un jour Carole a oublié son bonnet dans la voiture et nous a surpris en train de nous embrasser. Elle s’est enfuie en courant. J’ai essayé de la rattraper mais elle avait disparu dans la cour de l’école. Le soir même je suis allé la voir dans sa chambre et nous avons eu une discussion ; je lui ai promis de mettre fin à cette relation et lui ai demandé de ne rien dire. Et j’ai tenu ma promesse. Mais cette femme n’a rien voulu entendre. Elle est devenue folle furieuse, m’a menacé de tout te raconter. Je me suis dit qu’éventuellement elle se calmerait, mais elle a commencé à me harceler nuit et jour, appelant même ici.
-Alors c’est elle qui téléphonait la nuit et qui me raccrochait au nez quand je répondais? Charmant !
-Je voudrais tant que tu me pardonnes. Je ne t’ai jamais trompée auparavant et je ne le referai jamais plus, tu peux en être sûre. D’abord parce que je t’aime plus que tu ne peux le croire et puis surtout à cause du désespoir et de la déception que j’ai vus dans les yeux de ma fille. J’espère qu’un jour vous pourrez oublier ce qui s’est passé. Tout ce que je veux en cet instant c’est que notre vie d’avant reprenne. Quel idiot ! Quel idiot !
Et il éclata en sanglots. Je réprimai le besoin de le prendre dans mes bras et de l’embrasser car il fallait qu’il sache que ce qu’il avait fait était très mal, pour notre fille et pour moi. Mais je savais qu’avec le temps je lui pardonnerai.
– Eloigne cette femme de notre famille. Débrouille-toi, je ne veux plus qu’elle s’approche de nous.
– Je vais régler cela tout de suite.
Et il empoigna son téléphone, composa un numéro et mis le haut-parleur. Une femme décrocha :
-C’est moi, dit-il, ma femme est à côté de moi, elle sait tout. Tu n’as plus rien contre moi. Je l’aime et je suis désolé de m’être laissé emporter dans une aventure qui a fait tant de mal à tous, toi y compris. Je te prierai de me laisser tranquille et de m’oublier. Merci.
Il raccrocha et se tourna vers moi en disant :
– Dis, tu m’aimes encore ? Un peu ?
Je ne répondis pas.
– Tu veux que j’aille dormir chez mes parents, me demanda-t-il tout doucement.
– Cela fait longtemps que tu n’as pas vu ta mère, ce n’est pas une mauvaise idée. Vas-y pour quelques jours, répondis-je. Je dois réfléchir à beaucoup de choses et je dois surtout essayer de réconforter Carole. Je ne veux pas qu’elle en garde des séquelles pendant toute sa vie.
Une semaine s’écoula pendant laquelle je passai tout mon temps avec ma fille. Nous discutâmes beaucoup de ce qui s’était passé. Elle comprit que les gens n’étaient pas parfaits, qu’ils commettaient des erreurs et que l’important etait de s’en rendre compte à temps. Je lui ai dit que rien ne changerait entre nous trois, que notre famille était trop solide pour qu’un incident comme celui-là la brise. D’ailleurs, je tenais trop à mon mari pour ne pas lui pardonner.
Et puis nous allâmes chercher Ralph de chez sa mère. Quand il nous vit il accourut vers nous en pleurant. Il nous serra fort dans ses bras et me murmura à l’oreille : « Tu es une femme formidable, je t’aime ». Je sus à ce moment-là que plus rien au monde ne pourrait nous séparer.
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