“Miroir… Miroir”

« Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays? » C’est par cette phrase que je commençais toujours mes journées. C’est ma mère qui me l’avait apprise en me racontant l’histoire de blanche-neige et en me répétant que pour une fille il n’y avait que la beauté qui comptait. Et j’étais belle, très belle même. J’avais hérité mes traits de ma mère et ma silhouette de ma tante paternelle et le résultat était étonnant. Grande et élancée, mes longs cheveux m’arrivaient jusqu’à la taille, couronnant un visage fin et parfait. Les gens s’extasiaient à ma vue et j’en étais très fière car rien d’autre ne me valorisait plus. Mes résultats scolaires éteint médiocres mais cela n’inquiétait guère mes parents qui me prédisaient un avenir glorieux dans le monde de la mode, du cinéma ou tout bonnement en tant qu’épouse d’un homme riche et puissant. Ils n’avaient pas voulu d’autre enfant pour ne pas faire moins bien et entacher leur réputation de procréateurs modèles. En me donnant la vie, ils avaient créé la femme parfaite alors que vouloir de plus ?

Et je grandis entourée d’adorateurs de tous genres et de tous âges et jamais au grand jamais je ne me vis refuser quoi que ce soit, même pas un très bon poste de commerciale dans une grande entreprise bien que n’ayant pas les compétences requises. On avait tablé sur mon look et mon sourire irrésistible pour séduire les clients. Le patron, qui était également notre voisin, nourrissait l’espoir de s’attirer mes bonnes grâces bien que l’ayant plus d’une fois rejeté.

Ma vie était en somme idéale et je me voyais continuer ainsi jusqu’à la fin de mes jours.

Mais il était écrit qu’il n’en serait pas ainsi et que tous les beaux moments que j’avais vécus s’évaporeraient comme s’ils n’avaient jamais existés. Car par un matin d’hiver, alors que les routes étaient mouillées et le bitume glissant, je percutai un réverbère avec ma voiture. Et comme j’avais omis de mettre ma ceinture de sécurité, ma tête traversa le pare-brise qui se brisa en mille pièces. Des passants accoururent et je fus transportée d’urgence à l’hôpital où je reçus les soins nécessaires. Mais ce n’est que quelques jours plus tard, au moment de m’enlever les bandages, que je vis dans le miroir l’image terrifiante des cicatrices causées par les débris de verre. Les médecins m’annoncèrent qu’ils feraient plus tard de leur mieux pour atténuer quelque peu les dégâts mais que jamais je ne retrouverai jamais ma beauté d’avant. En un mot, j’allais être marquée à vie. A l’entente de cette nouvelle, je sentis la terre tourner autour de moi et je m’évanouis.

Et c’est dès ce moment-là que ma vie pris un autre détour. Moi qui ne vivais et ne jurais que par ma beauté, je me retrouvai du jour au lendemain sans rien.

Je tombai vite dans la dépression et songeai sérieusement à mettre fin à ma vie. Heureusement que mon médecin s’en aperçut et fit appel à un psychothérapeute pour m’accompagner dans ce douloureux voyage vers la guérison.

Pour venir à bout de mes envies suicidaires disparues, je dus réapprendre à me voir  au-delà de l’apparence physique, chose que je n’avais jamais faite jusque-là. Tout ce qui m’importait jadis, c’était comment j’apparaissais aux autres et la satisfaction que cela m’apportait. Mais je n’avais jamais pensé à la vraie personne que j’étais, à mes idées, ma perception des choses, mes capacités réelles et les buts que je pouvais me fixer. Tout cela, je ne l’avais pas fait parce que je ne savais pas que je pouvais le faire, on ne me l’avait jamais dit. On m’avait transformée en poupée animée, en bête de cirque que l’on montrait pour récolter des applaudissements.

Et maintenant que la poupée s’était transformée en monstre, on se devait désormais de la cacher. Mes parents refusèrent les visites des gens qui venaient aux nouvelles et je pouvais lire dans leurs yeux la déception de voir leur chef-d’œuvre gâché.

Grâce au psychothérapeute, je refusai de passer le restant de ma vie enterrée vivante parque je ne répondais plus aux critères de la société. Je n’étais pas morte dans l’accident, mais traits avaient changé, c’était tout. Et cela n’était pas une excuse pour cesser de vivre mais plutôt pour changer de vie et explorer de nouveaux horizons dont je ne soupçonnais pas l’existence jusque-là.

Et puis c’est une phrase anodine lue sur Facebook qui finit par changer définitivement ma vision de la vie. C’était une de ces citations comme on en voit par centaines défiler tout au long de la journée, auxquelles on met un « J’aime » sans trop regarder. Elle disait : « La beauté n’est pas une question d’apparence, de maquillage ou de vêtements. La vraie beauté vient de toi-même. Plus tu montreras qui tu es, plus jolie tu seras ». Et je ne savais pas qui j’étais, car être belle était pour moi une identité en elle-même.

Et les autres… je n’avais jamais pensé à eux… pas une pensée pour les pauvres, les délaissés, les plus faibles. Les aider ne m’avait jamais effleuré l’esprit, car je croyais que c’était leur fatalité d’être dans la souffrance comme la mienne était d’être belle. Je n’avais même pas d’amis car je n’étais pas assez gentille pour en avoir. Un hobby ? Me maquiller toute la journée, prendre des selfies et sourire aux clients de la compagnie. Je n’avais donc rien, en fin de compte.

Et c’est à ce moment que je vis vraiment ma laideur, pas celle de mon visage, mais celle de mon âme qui était toute grise, rabougrie et dont personne n’a jamais voulu. Et par comparaison, les cicatrices de mon visage semblèrent s’estomper et devenir moins laides.

Alors je ressentis le besoin de partager tout ce que j’avais appris grâce à cet accident de la route. Je voulus alerter les gens de ce que le narcissisme peut leur faire à l’intérieur et combien la beauté est éphémère. Personne n’en parle jamais, tout le monde se tait. Et bien moi, j’allais tout dévoiler, me dévoiler.

Je fis une vidéo de moi, sans maquillage, sans truquage. J’ai étalé mon visage au grand jour et j’ai fait mon mea culpa. J’avais déjà vu des femmes atteintes de cancer du sein qui se montraient torse nu sur les réseaux sociaux mais n’avais pas capté le message ; je les avais prises pour des folles ou des exhibitionnistes. Mais plus tard, je compris ce besoin qu’elles avaient eu de partager leur expérience pour aider et s’aider.

Après avoir posté mon clip, je fus surprise de la réaction des autres internautes. Quelques-uns furent offusqués de mon audace de m’afficher ainsi défigurée et avouant au monde entier à quel point ma vie avait été futile et superficielle, mais heureusement que la plupart salua mon courage. Et je reçus des témoignages des quatre coins de la planète de la part de femmes qui souffraient de la laideur ou de mutilations et de malformations. Elles parlèrent de leur souffrance et de leur détermination à surmonter leur handicap. Elles m’incitèrent à chercher en moi la force de continuer, de trouver un véritable sens à ma vie.

Et là, je me sentis invincible ; j’avais dépassé l’écorce qui m’entourait et j’étais arrivée au cœur de moi-même, au noyau qui faisait de moi une personne à part entière, capable d’aimer et d’être aimée.

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