« Une relation dangereuse »

C’est suite à l’échec de notre fils unique Johnny au brevet officiel que nous avons décidé de lui changer d’école et en même temps de quartier. Il nous avait dit qu’il n’aimait pas ses profs et ne s’entendait pas avec ses camarades et qu’il ne nous voulait pas redoubler dans le même établissement pour ne pas devenir la risée de tous. Nous avons donc emménagé dans un nouvel appartement et ma foi, je crus que ce changement allait faire du bien à tout le monde.

Nous avons été très bien accueillis dans l’immeuble et me suis tout de suite liée d’amitié avec une de nos voisines, Rita, une dame d’une quarantaine d’années qui vivait la plupart du temps seule.

Le hasard fit qu’elle avait été enseignante et qu’elle était en mesure d’aider mon fils afin qu’il n’échoue pas une deuxième fois. Son mari étant constamment en déplacement et n’ayant pas d’enfant, elle avait beaucoup de temps libre et c’est ainsi que les cours  particuliers débutèrent.

J’étais ravie de savoir que Johnny allait avoir une chance de pouvoir redémarrer de bon pied et de poursuivre ses études comme tous ses camarades.

D’autre part, elle nous dépannait de temps en temps en jouant la baby-sitter quand mon mari et moi devions sortir le soir et cela me réconfortait que mon fils n’était pas à traîner ça et là avec je ne sais qui. Ainsi, il employait au mieux ses soirées.

Au début, les résultats scolaires de Johnny s’étaient améliorés et je me félicitai du choix de son institutrice. Mais avec les mois, il avait fait une rechute et ses notes dégringolèrent. Je demandai à Rita les raisons de ce changement et la seule explication qu’elle me donna était que les adolescents ont souvent du mal à garder une constante dans leurs études et elle me promit d’y remédier au plus vite en intensifiant les cours.

Mais ce n’étaient pas seulement ses notes qui avaient changé, mais également  son comportement. Il était devenu irascible, on ne pouvait rien lui dire sans qu’il ne se mette en colère. Il avait aussi perdu l’appétit et considérablement maigri comme si quelque chose lui occupait l’esprit. Il ne voulut évidemment pas en parler et je ne savais plus quoi faire.

L’année touchait déjà à sa fin quand mon mari arriva du travail un soir, l’air pâle et inquiet :

– J’ai reçu un coup de fil de père d’un des camarades de classe de Johnny… il m’a appris que notre fils cherche à se procurer une arme.

– Mais tu es fou ! Il n’y a pas plus calme et pacifique que lui, cet élève a sûrement l’intention de  lui attirer des ennuis. Je suis sûre que ce n’est rien.

– Tu n’as pas remarqué comme il est nerveux ces derniers temps ?

– Je sais qu’il a changé, se sont sans doute les hormones et puis l’approche de l’examen officiel, tu sais qu’il redoute d’échouer à nouveau. C’est vrai qu’il n’a pas de très bonnes notes, mais c’est mieux que l’année dernière et notre voisine fait son possible pour l’aider. J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi dévoué… ce doit être parce qu’elle n’a pas d’enfant. Elle le considère comme son propre fils et il passe plus de temps chez elle qu’ici. Que faire de plus ? Tu sais, des fois j’ai envie de baisser les bras. Peut-être qu’il n’est simplement pas fait pour les études. On pourrait envisager de lui enseigner un métier. »

Mais quelques jours plus tard, en arrangeant l’armoire de Johnny je tombai sur une boite cachée tout au fond. Je l’ouvrai et y trouvai à ma grande stupeur un revolver. Je restai bouche bée. C’était donc vrai. Comment un enfant comme lui pouvait avoir en sa possession une arme et pour quelle raison ?

Je confisquai le revolver et appelai à un conseil de famille.

Et le soir- même nous nous retrouvâmes tous les trois réunis autour de la table de la cuisine. C’est mon mari qui lui posa la fameuse question :

– Tu as une arme, ta mère l’a trouvée dans ta chambre. Je peux savoir pourquoi.

– Je ne veux pas en parler. Laissez-moi tranquille !

– Non, tu dois tout nous dire, nous sommes tes parents. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui te fait peur à l’école, tu es menacé et tu veux te défendre, c’est ça ? On peut appeler la police, si tu veux. »

Et mon époux prit son téléphone, faisant mine de vouloir appeler les forces de l’ordre.

– Non surtout pas la police ! s’écria Johnny.

– Alors tu dois tout nous raconter. »

Et mon fils éclata en sanglots. On pouvait sentir l’énorme pression qui pesait sur lui et son besoin de se soulager. Après tout il n’avait que 16 ans et il est souvent difficile pour les enfants de son âge de gérer certaines situations. Mais ce qu’il nous raconta dépassait les limites de l’entendement :

– C’est… c’est à cause de Rita… enfin, de son mari. C’est un monstre, il la traite comme une moins que rien et il ne veut pas divorcer. A chaque fois qu’il rentre de voyage il la bat, l’insulte et l’oblige à faire des choses… elle n’en peut plus et… elle m’a demandé de mettre fin à ses souffrances… en… la débarrassant de lui.

– Mais qu’est-ce que ça à faire avec toi ? En quoi les problèmes conjugaux de cette dame te regardent ? Pourquoi t’en a-t-elle parlé ? Et comment peux-tu même envisager de tuer quelqu’un ? Tu as perdu la tête ?!?

– Je l’aime ! Et elle m’aime aussi.

– Comment ?!? Mais elle a l’âge de ta mère !

– Elle dit que je suis très mûr pour mon âge et que je vaux cent fois son mari ! Je suis un très bon amant… enfin c’est ce qu’elle me répète toujours. Quand tout sera fini nous allons nous marier. Nous nous aimons et rien ni personne ne se mettra entre nous ! Vous m’entendez ? Personne ! »

 J’étais horrifiée d’entendre ça de la bouche de mon Johnny. C’est vrai qu’il n’était plus un petit garçon mais je n’avais jamais pensé à lui comme un homme et cette relation avec cette femme… et dire que je lui avais confié mon fils pour qu’elle l’aide. On peut dire qu’elle l’avait bien aidé ! Et elle comptait l’utiliser pour commettre un crime et la libérer de son mari. Heureusement que nous avions découvert le revolver sinon Johnny serait devenu un criminel et aurait passé le restant de ses jours derrière les barreaux tandis qu’elle se la coulerait douce, débarrassée de son mari et de son jeune amant.

– Elle se sert de toi mon chéri pour arriver à ses fins, si elle t’aimait vraiment elle ne te demanderait jamais de t’incriminer en tuant son époux pour elle. Il y a d’autres façons de mettre fin à un mariage, crois-moi. »

Nous réconfortâmes Johnny en lui promettant de ne pas chercher à le séparer de sa bien-aimée et il alla se coucher, soulagé d’avoir fait part à quelqu’un de son plan. Je savais que c’était un bon garçon et que jamais il n’aurait songé à faire de mal à quiconque n’était-ce l’emprise qu’avait cette femme sur lui. Elle avait su flatter son ego et le traiter en homme pour arriver à ses fins et je ne croyais pas un seul instant en son amour pour un jeune adolescent. Il fallait maintenant mettre un terme à cette relation et éloigner de lui cette manipulatrice.

Heureusement que mon époux  avait un ami dans la police. Il lui raconta toute l’affaire en lui faisant promettre de ne rien entreprendre, pour le bien de Johnny. L’autre répondit qu’il enquêterait rapidement et discrètement sur cette femme et son époux. Et les résultats ne se firent pas attendre : le mari était en fait un homme très comme il faut, aimant et prévenant qui  travaillait dans les pays du Golfe pour subvenir aux besoins d’une femme avide. Et il s’est avéré qu’elle avait un autre amant qu’elle comptait épouser une fois la voie libre. La police savait désormais qu’elle planifiait un meurtre mais sans preuve tangible, rien ne pouvait être entrepris et Johnny n’accepterait jamais de trahir celle qui lui avait appris les choses de la vie.

Et c’est d’une façon inattendue qu’est survenu quelques jours plus tard le dénouement de cette sordide histoire.

C’était le soir et Johnny débarqua dans notre chambre en pleurant. Je le pris dans mes bras, chose qu’il n’aimait pas du tout, mais cette fois il se laissa faire.

– Maman… papa… vous aviez raison… elle se sert de moi. Je l’ai entendue parler au téléphone avec un homme qu’elle appelait « mon amour » et elle lui a dit : « Le pauvre idiot, il croit vraiment que je l’aime et que mon mari me bat… ah la jeunesse… du moment qu’il fait ce que je lui dis… allez, je serai bientôt libre mon amour… ». Comment ai-je pu croire qu’elle m’aimait… et dire que j’ai failli tuer quelqu’un pour elle ! »

Ça y est, c’en était fini d’elle. La police qui nous avait promis de ne pas impliquer notre fils avertit le mari que sa femme projetait de le tuer et il s’empressa de la quitter. Démasquée, Rita s’envola avec son amant pour les Etats-Unis où elle disparut à tout jamais.

(Droits d’auteur réservés à Paula Jahshan. L’utilisation complète ou même partielle de ce texte ne peut se faire sans l’accord écrit de l’auteure sous peine de poursuites judiciaires.)

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3 Comments اضافة لك

  1. أفاتار Angelilie Angelilie كتب:

    J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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    1. Vous etes la bienvenue 😊❤😊❤

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    2. j’adore vos photos! et je me suis abonnee 😊

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