Ma sœur jumelle

– Et voici la seconde ! Vous en avez de la chance, Madame, dit le médecin à ma mère alors qu’elle accouchait de ma sœur et de moi.

Tout le monde était fou de joie à l’idée que ces jumelles feraient la fierté de la famille, surtout que mes parents étaient tous deux beaux et doués. Moi aussi, pendant un certain temps j’ai été très contente d’avoir une sœur tellement identique à moi qu’elle me comprendrait et partagerait tout avec moi, les bons moments comme les pires.

Mais le sort voulut que Joëlle soit aussi perfide que belle, aussi méchante qu’intelligente. Quant à moi, et bien j’étais la naïveté et la bonté même. Tout le monde m’aimait et recherchait ma compagnie et c’est sans doute ce qui attisa la jalousie de mon alter ego qui ne m’aimait décidément pas.

Car tout débuta très tôt, alors que nous étions encore à l’âge tendre. Elle ne ratait jamais une occasion pour me bousculer afin que je tombe et m’arrachait les jouets des mains. Et c’est avec une grande inquiétude que mes parents nous observaient en silence, essayant timidement de lui faire entendre raison.

Plus tard à l’école, Joëlle montait mes amis contre moi, en inventant des mensonges et en jouant de malins tours en se faisant passer pour moi. Il lui suffisait d’affiner sa voix et de lancer des regards innocents autour d’elle pour qu’on croie qu’elle était Gaëlle. Et bientôt je me retrouvai sans personne autour de moi.

Je ne lui disais rien car malgré tout je l’aimais beaucoup et surtout parce qu’elle me faisait peur. Je savais qu’elle était prête à tout et que rien ni personne ne pouvait l’arrêter. C’est comme si elle n’était née que pour causer du tort autour d’elle.

Au bac j’ai du me faire passer pour elle au second tour pour qu’elle puisse réussir, en espérant qu’elle m’en serait gré. Mais pas du tout, elle était toujours aussi méchante qu’avant, sinon plus.

Et puis nous sommes allées à l’université et les choses reprirent de plus belle. Elle me cachait les livres et les cahiers, m’obligeait à passer les tests à sa place et me brouillait avec les professeurs.

Alors avant la fin de l’année, je pris la décision de changer de fac, de ne plus la voir, du moins pendant la journée. J’en parlai à mes parents qui acceptèrent tout de suite car ils savaient très bien ce que j’endurais depuis des années et que d’une certaine façon tout était de leur faute car ils n’avaient jamais vraiment rien fait pour l’arrêter. Peut-être qu’à eux aussi elle leur faisait peur.

Joëlle prit mon départ pour de la trahison. Je n’étais plus sous son emprise et cela l’enrageait.

Et comme vivre sans elle m’avait procuré une sorte de sérénité, je m’installai définitivement au campus de l’université. Ainsi, je n’aurais plus à rentrer chez nous que pendant les weekends. Et ma vie s’en trouva transformée : J’avais désormais des amis et bientôt un copain avec lequel je m’entendais très bien. Je respirais enfin !

Quant à Joëlle, elle était devenue invivable. Elle multipliait ses conquêtes et manipulait tout le monde, mes parents y compris. Elle en avait fait ses victimes et il n’y avait que moi qui étais passée entre les mailles de son filet.

Mais elle m’attendait au tournant. Elle prit son mal en patience, sachant qu’un jour je rentrerais au bercail.

Après avoir décroché ma licence, je pliai bagage et retournai définitivement à la maison croyant que le temps avait réussi à adoucir les mœurs de ma sœur. Mais elle avait développé une nouvelle tactique : elle jouait désormais si bien la victime que l’on s’y tromperait presque. J’ai cru pour un temps qu’elle avait changé et cela m’enchantait de pouvoir enfin avoir la sœur dont j’avais toujours rêvé. Nous étions devenues complices ce qui fit la joie de mes parents. Tout était rentré dans l’ordre.

Je me fiançais avec Jad et j’étais heureuse. Issu d’une famille très traditionnelle, il croyait fort en la sainteté du mariage et en la pureté de notre relation. Nous n’avions eu aucun rapport physique, juste quelques baisers et nous réservions la concrétisation de notre amour pour notre nuit de noces. Je fis l’immense erreur d’en parler à Joëlle. Je me suis confiée à elle par besoin de partager les détails de ma relation avec quelqu’un de proche qui saurait garder le secret et me comprendre. Mais elle vit là l’occasion rêvée de me faire du mal.

Et quelques jours plus tard Jad rompit sèchement avec moi. Il m’appela pour me dire que je n’étais pas l’épouse qu’il recherchait, que je n’étais pas digne de devenir la mère de ses enfants et que nos valeurs n’étaient pas du tout les mêmes. Il raccrocha sans me donner d’explications. Je ne compris pas pourquoi il avait fait ça et essayai en vain de le rappeler mais il ne daigna pas répondre. Je me rendis à son travail mais il me fit savoir par personne interposée que je n’étais pas la bienvenue. J’étais dévastée. J’ai donc pensé qu’il avait trouvé quelqu’un d’autre ou que l’idée du mariage lui avait fait peur.

Alors je sombrai dans la dépression. Je ne sortis plus, mangeais à peine et pleurais tout le temps. Je venais de perdre mon seul et unique amour, celui auquel je pensais m’unir pour la vie.

J’aurais pu ne jamais savoir la vérité, n’était-ce le besoin que Joëlle avait de me voir souffrir. Un soir elle vint dans ma chambre, s’affala sur mon lit et me dit avec un sourire :

– Comme tu peux être bête ! Tu me fais honte, tu sais. Et dire que nous sommes sensées nous ressembler comme deux gouttes d’eau ! J’ai toujours été plus intelligente que toi et ta naïveté m’irrite. Tu n’as rien compris, n’est-ce pas ? Ta rupture avec ton fiancé, c’était moi !

– Comment ça, c’était toi ?

– Tu m’énervais avec ton sourire de fille amoureuse, tes petits bisous échangés avec l’autre idiot. J’en avais marre de vos simagrées alors un soir je suis allée chez lui. J’ai imité tes gestes et j’ai un peu changé ma voix et il n’y a vu que du feu. Un homme qui t’aime vraiment aurait pu voir la différence. Mais comment as-tu pu tomber amoureuse d’un type comme lui ?

– Qu’est-ce que tu as fais, Joëlle ???

– Oh rien, ou presque. J’ai été très entreprenante avec lui, très. Il a failli succomber à mon charme. Tu sais que je suis beaucoup plus sexy que toi et que je sais m’y prendre avec les hommes. Et comme au dernier moment il a refusé de passer à l’acte, j’ai du lui raconter en détail toutes tes soi-disant aventures. Je lui ai même dit que tu avais perdu ta virginité depuis longtemps, en couchant avec un professeur pour avoir de bonnes notes. Ce n’était pas difficile, je n’avais rien à inventer puisque c’étaient mes histoires à moi. Alors il m’a chassée de chez lui en me disant de ne plus jamais chercher à le voir. Et voilà !

– Tu es un monstre ! Pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi tu es si méchante ?

– Moi, méchante ? Mais pas du tout. C’est juste que je trouve les gens trop bêtes et que ça m’amuse de leur montrer à quel point je suis plus intelligente qu’eux.

– Sors de ma chambre, sorcière ! Sors de ma vie !

Et je courus tout raconter à mes parents. Ils s’effondrèrent. Ils avaient espéré qu’une fois mariée je n’aurais plus rien à craindre de ma sœur, mais elle avait été comme toujours la plus forte.

Alors mon père me dit :

– Ecoute Gaëlle, tout est de notre faute et tu n’as pas à payer le prix de nos erreurs. Je vais tenter de raisonner Jad. Je ne te promets rien mais je ferai tout mon possible pour ramener le sourire à ton beau visage, ma chérie. Tu en as assez enduré comme ça. Quant à ta sœur, nous allons lui trouver une solution.

Mon père tint sa promesse. Il se rendit chez mon fiancé et lui raconta avec honte la vérité. Jad s’en voulut énormément de n’avoir pas su dire la différence en Joëlle et moi et surtout d’avoir cru que je pouvais être aussi débauchée. Il accourut chez nous me supplier de le reprendre. Je lui pardonnai bien sûr car je savais qu’il n’aurait pu que tomber dans le piège machiavélique de ma jumelle.

Nous nous mariâmes en vitesse car j’avais hâte de m’éloigner de ma sœur qui ne fut pas invitée à nos noces.

Mes parents l’obligèrent à suivre une thérapie qui ne lui fit aucun bien. Elle n’avait plus goût à rien, comme si avec mon départ on lui avait enlevé sa seule raison de vivre : me faire du mal. L’année suivante elle partit pour l’Europe travailler. Au début elle envoya quelques e-mails puis plus rien.

Nous sommes toujours sans nouvelles d’elle.

 (Droits d’auteur réservés à Paula Jahshan. L’utilisation complète ou même partielle de ce texte ne peut se faire sans l’accord écrit de l’auteure sous peine de poursuites judiciaires.)

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3 Comments اضافة لك

  1. أفاتار toniporter888 toniporter888 كتب:

    Nous avons beaucoup de points communs Paula !
    Je te souhaite un excellent Weekend.
    A bientôt.
    Tony

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    1. à toi aussi cher talentueux écrivain 😊

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      1. أفاتار toniporter888 toniporter888 كتب:

        Je te retourne le compliment chère talentueuse écrivaine… 😊
        A très bientôt Paula.

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